Le château de Saint-Point remonte au Moyen Âge.
Il forme encore une masse assez importante bien qu’il ait été remanié à diverses époques. De l’histoire ancienne nous ne savons qu’une chose : c’est qu’il fut assiégé et pris par les Français en 1471.


En juillet 1789, quelques habitants de Saint-Point se réunirent pour saccager le château : les toitures furent endommagées, les portes et fenêtres brisées, ainsi que le mobilier.
Il est fort dévasté, lit-on dans le Manuscrit de ma Mère, à la date du I6 juin 18O1, tous les murs sont nus, les écussons et les cheminées sont brisés à coups de barres de fer par les paysans venus de loin dans les journées des brigands en 1789. Rien ne peut y flatter l’amour-propre.

Pierre de Lamartine, chevalier de Pratz, père du poète acheta le château et ses terres en 18O1.

Alphonse de Lamartine, lors de son mariage en 1820 avec une Anglaise Mary-Ann Birch, reçut le château en avance d’hoirie et il en fit sa demeure familiale.




De retour d’un voyage en Angleterre avec sa femme, enthousiasmé par le style gothique anglo-saxon, il s’en inspira dans la restauration du château : il fit construire entre les deux tours, à l’est, une galerie quadrilobée avec terrasse, et un porche gothique à colonnettes et à clochetons qui précède la porte d’entrée du château, à l’ouest.  S’ajouta également, à l’angle des écuries et de l’orangerie, une tour dite de l’horloge. Dans le même temps, il entreprit l’aménagement des jardins à l’anglaise.
Quelques années plus tard, Lamartine fit construire, accolé à la façade sud, un pavillon et une tour d’escalier.

Après le décès de sa mère en 1829, il fit édifier, à côté de l’église romane, un tombeau où reposent sa mère, ses enfants, sa belle-mère, sa femme, lui et Valentine de Cessiat de Lamartine, sa nièce, la dernière inhumée en 1894.


Le château est resté tel qu’il peut être visité aujourd’hui : au rez-de-chaussée, ouvrant de plain-pied sur le départ d’un monumental escalier, la salle à manger où Victor Hugo, Charles Nodier, George Sand, Franz Liszt, Chopin, les Dumas, Eugène Sue, les Girardin, Sophie Gay, Hubert Saladin, Quinet, Béranger, etc… ont été conviés. Quelques marches permettent d’accéder au salon éclairé par quatre grandes fenêtres et portes-fenêtres ouvrant sur le parc, abritant le musée familial des objets que Lamartine aimait garder auprès de lui, sous le regard bienveillant du poète peint par l’artiste marseillais Ricard.
Sur une commode se trouvent deux splendides représentations en marbre de Carrare par Franchi, des deux enfants des Lamartine, Alphonse et Julia.


La vitrine des dames :
Elle abrite des bijoux ayant appartenu à sa mère, à sa femme et à sa fille, une boîte à aquarelle de Mary-Ann, de jolies miniatures et enluminures, etc…



La vitrine des voyages :
Le fichu de Graziella qui lui fut envoyé à la mort de celle-ci et qu’il conserva précieusement toute sa vie dans son secrétaire, le sabre d’honneur qu’il reçut des Maronites du Liban auxquels Lamartine  répondit : Je le conserverai pendant que je vivrai, et je le ferai conserver après moi dans ma famille, comme un témoignage éclatant de votre amitié et de celle de la nation maronne pour la France. Un carnet de voyage en Italie daté de 1811, un écritoire de voyage, l’encrier dont il se servait, son fidèle chien Fido en bronze, etc…

La vitrine 1848 :
Le drapeau tricolore défendu contre le drapeau rouge sur les marches de l’Hôtel de Ville de Paris le 26 février 1848, son écharpe et sa médaille de député, diverses médailles du gouvernement provisoire, etc…


Au premier étage, accessible par l’escalier construit dans la tourelle, se trouve une pièce où ont été réunies, dans plusieurs vitrines, des éditions originales, comme un des rares exemplaires des Méditations, ou du Voyage en Orient, ainsi que des journaux, des brochures politiques, ses œuvres complètes en… 4O volumes, son Cours Familier de Littérature, sa Correspondance, des livres de critique littéraire, tous témoins de l’immense quantité de travail fourni par cet infatigable écrivain et homme politique.



Faisant suite, dans sa chambre à coucher, aux murs tendus d’un magnifique cuir de Cordoue, meubles et objets attendent toujours le retour du poète. Entre un dessin qu'effectua Madame de Lamartine de sa fille Julia et le portrait de Pierre de Lamartine, se trouve la cheminée dite des poètes ; sa façade est peinte par Mary-Ann qui représenta les poètes préférés de son mari : Shakespeare, Homère et Dante, Pétrarque, V. Colonna, et Corneille, Arioste, Sapho et Racine.

Le cabinet de travail, véritable cellule de moine, au plafond voûté, est entièrement recouvert de cretonne rayée. Lamartine y trouvait la solitude, le silence et le calme nécessaires à son inspiration. Les meubles sont restés à la même place : bureau, secrétaire, petites bibliothèques, tableaux…. Ce cabinet est éclairé par une étroite porte vitrée, ouvrant sur la terrasse, où le poète contemplait ces vallons magnifiques, gardiens du tombeau de ses chers disparus.



Ouvrages consultés :
LAMARTINE, Souvenirs et documents, Léonce LEX, Histoire de St Point, Léon CERF, Le reliquaire de Lamartine, Marquis de LUPPE, Les travaux et les jours de Lamartine Archives de St Point.
Photos de Colette Frédéric et Philippe Mignot.